ODE À JOHN FANTE.

Il y a parfois des rencontres littéraires qui ne te laissent pas en sortir indemne et qui te poursuivent assez longtemps pour que tu en sois hanté. Ce fut mon cas avec John Fante. On s’est rencontré un peu par hasard sur une des étagères de la catégorie littérature étrangère. C’est un véritable coup de cœur, celui qui te met un uppercut bien placé entre les deux poumons.

Zoom sur un écrivain peu connu de son vivant mais qui reste avant tout le précurseur du Dirty Realism.

Qui est John Fante ?

D’origine très modeste, John Fante, fils d’immigrants italien, est né en 1909 à Denver. Par ailleurs, toute sa vie, il en aura honte, refusant toute association à ses origines, presque avec dégoût.

Très jeune, et malgré un détour par l’école Jésuite, Fante fait assez tôt ses premières preuves dans l’écriture. Toutefois, ses tentatives d’entreprendre des études universitaires échouent. A 20 ans, il se rend à Los Angeles et se contente d’effectuer des petits boulots pour survivre sans pour autant délaisser son amour pour la littérature et l’écriture. Ainsi, il se satisfait pleinement et avidement des œuvres de Nietzsche, Dostoïevski et Lewis qu’il emprunte à la bibliothèque municipale.

Installé entre les quatre murs d’un petit hôtel, John Fante écrit des nouvelles qui attirent l’œil d’H.L Mencken, le rédacteur en chef de la revue littéraire The American Mercury qui décide de le publier. Fou de joie, Fante commence à percevoir le début d’un rêve qui l’anime depuis si longtemps : devenir le meilleur écrivain que le Monde n’ait jamais connu.

En 1933, son premier roman La Route de Los Angeles est jugé trop cru et trop rude pour être publié. Toutefois, Fante ne se laisse pas abattre et écrit BANDINI qui paraîtra en 1938 et qui met en lumière le jeune Arturo Bandini, un alter-égo autobiographique. Il est de nouveau publié en 1952 avec l’ouvrage Pleins de vie dont le succès lui vaudra, par ailleurs, une place à la FOX et à la MGM ainsi qu’une nomination aux oscars pour le meilleur scénario en 1957.

Durant de nombreuses années, il tombe dans l’oubli le plus total malgré l’admiration sincère que lui voue Charles Bukowski.

Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je suis resté planté un moment comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. Voilà enfin un homme qui n’avait pas peur de l’émotion. L’humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi et je compris bien avant de le terminer qu’il y avait là un homme qui avait changé l’écriture. Le livre était « Demande à la poussière » et l’auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m’influencer dans mon travail. 

Charles Bukowski 

Grâce à l’insistance de Charles Bukowski et en raison de son amitié avec un éditeur de Black Sparrow Press, Demande à la poussière sera republié et le fait redécouvrir au grand public. Cependant, aveugle et cul-de-jatte en raison de graves complications liées à son diabète, John Fante dicte à sa femme, pour une dernière fois, son oeuvre Rêves à Bunker Hill. Il décède quelque temps après dans sa ville de coeur, en 1983.

Que lire de John Fante ?

Mon chien stupide (1985), le plus comique.

Henry J.Molise n’a qu’une envie : tout plaquer et rejoindre son Italie natale très loin de sa banlieue californienne ainsi que de sa femme Hariett et de ses quatre enfants qui le rendent fou. Au lieu de cela, il recueille, un soir devant son porche, un énorme chien, très mal élevé et aux mœurs plus que douteuses.

Une tragi-comédie touchante et plein de mordant qui mêle crise d’adolescence tardive et désillusions sur le monde moderne. L’oeuvre qui semble peut-être la plus abordable au style de Fante.

Demande à la poussière (1939), le plus passionnel.

Arturo Bandini, écrivain angoissé et fauché, loge dans un petit hôtel situé à Bunker Hill. A force d’errer dans les bars, il fait la connaissance de Camilla Lopez, une jeune serveuse au tempérament ardent et tempétueux.

Une prose puissante puisée dans les tripes d’un homme désœuvré dont l’infinie tristesse semble être universelle. L’oeuvre de Fante la plus connue et qui reste, encore aujourd’hui, intemporelle.

La route de Los Angeles (1933), le plus sauvage.

Arturo Bandini, habitant avec sa mère et sa sœur, vit de petits boulots entre la conserverie de poisson et la plonge d’un restaurant crasseux. Entre les moqueries de ses collègues et le fanatisme religieux de sa mère, Arturo rêve. Il rêve des belles blondes et distinguées américaines sur papier glacé mais surtout il rêve de devenir le meilleur écrivain que le Monde n’ait jamais connu.

Un véritable hommage, complètement débridé, à cette période si complexe de transition entre l’adolescence et l’âge adulte.

En d’autres termes

John Fante c’est avant tout un style brut, réaliste, vivant tout simplement. Il n’a toujours raconter qu’une seule et même histoire : la sienne, souvent à travers le tyrannique et flamboyant BANDINI, un double furieusement cinglant, tantôt Arturo, simplement Arturo. Bandini c’est un peu Holden Caulfield avec quelques années de plus et un alcoolisme naissant. Lire Fante c’est se prendre une claque perpétuelle et répétitive : ça martèle le coeur, ça cogne au dedans et ça explose au dehors. Ca griffe, ça brûle, ça fait mal, et même parfois, ça nous fait un peu pleurer mais une chose est certaine, c’est que l’on en redemande encore.

John Fante, c’est une ode à la vie, tantôt tranchante tantôt touchante, brûlante de vérité, qui ne laisse personne indiffèrent.

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